Le projet Trace
la science au service de la biodiversité marine martiniquaise
Financé par le Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture (FEAMPA), le projet TRACE répond à un besoin concret de connaissance sur les zones d’interdiction de pêche en Martinique. Depuis 2023, une doctorante en écologie marine, portée par les équipes du Parc naturel marin de Martinique et ses partenaires scientifiques, cherche à répondre à une question centrale : les zones contaminées au chlordécone, où la pêche est interdite, peuvent-elles jouer un rôle de refuge pour la biodiversité marine ?
Un projet né d’un dialogue entre pêcheurs et gestionnaires
La création et la gestion d’aires marines protégées reposent sur une concertation étroite avec les usagers de la mer. Dans cette dynamique, le Parc naturel marin de Martinique agit pour préserver les zones écologiquement importantes ressources et maintenir le bon état des écosystèmes marins.
Aujourd’hui au nombre de 5 et représentant près de 10 000 hectares, les zones d’interdiction de pêche liées à la contamination au chlordécone représentent une contrainte forte pour les pêcheurs martiniquais. Toutefois, ces derniers ont également soulevé une hypothèse essentielle : l’absence de pêche pourrait favoriser le développement des populations de poissons côtiers. Cette idée rejoint les orientations du Plan chlordécone IV, qui préconise l’étude de l’« effet réserve » dans ces zones.
C’est de cette réflexion commune qu’est né le projet TRACE : Étude de l’effet réserve engendré par l’arrêt des activités extractives en zone chlordécone. Dès le départ, les pêcheurs ont été pleinement associés au projet. Leur connaissance fine du milieu, des espèces et de leurs comportements constitue un apport précieux à la démarche scientifique.
TRACE s’inscrit ainsi pleinement dans les objectifs du FEAMPA, en articulant recherche scientifique et réalités du terrain pour une gestion durable des ressources marines.
Une question scientifique inédite : une zone sanitaire peut-elle devenir un refuge pour la biodiversité ?
Le chlordécone, utilisé jusqu’en 1993 dans les bananeraies, a durablement contaminé certains milieux côtiers. Afin de protéger la santé publique, la pêche y est aujourd’hui interdite. Or, l’absence d’activité de pêche est connue pour produire des effets écologiques significatifs : augmentation des populations de poissons, modification des comportements et évolution de la biodiversité. C’est ce que l’on appelle l’effet réserve.
TRACE pose une question nouvelle : observe-t-on, dans cette zone fermée pour des raisons sanitaires, les signatures écologiques d'un effet réserve ? Si oui, cela ouvrirait des perspectives inédites pour la gestion de ces espaces, en Martinique et à l'échelle des Caraïbes.
Sur le terrain : des outils scientifiques de pointe
Pour répondre à cette question, deux approches complémentaires sont mises en œuvre sur les mêmes sites : en baie de Fort-de-France et sur la côte le Nord Atlantique de l’île.
La télémétrie acoustique permet de suivre les déplacements individuels de poissons. Des balises miniaturisées, implantées délicatement dans des poissons ciblés, émettent un signal capté par un réseau de récepteurs sous-marins. Chaque passage d'un animal est enregistré et horodaté. Depuis juin 2024, ce réseau cartographie les trajectoires de plusieurs espèces entre la zone d'exclusion, les cantonnements de pêche voisins et les zones ouvertes.
La vidéo 360° et l'intelligence artificielle complètent le dispositif à l'échelle des communautés de poissons. Un système de caméras grand-angle, conçu sur mesure, est immergé sur les sites et enregistre la faune présente. Un outil d'analyse automatique par intelligence artificielle — développé dans le cadre du projet — identifie et compte les espèces sur les images. Cette méthode innovante, permettra d'évaluer l'abondance et la diversité des poissons sans perturber le milieu.
Une collaboration scientifique au service du territoire martiniquais
Le projet TRACE repose sur un partenariat entre le Parc naturel marin de Martinique et le CEFREM (Centre de Formation et de Recherche sur les Environnements Méditerranéens — UMR 5110, Université de Perpignan Via Domitia / CNRS). Il prend la forme d'une thèse de doctorat, garantissant une production scientifique rigoureuse et reconnue, directement au service de la gestion des fonds marins martiniquais.
Les agents du Parc assurent la logistique des campagnes et le lien avec les acteurs locaux. Les chercheurs du CEFREM apportent leur expertise reconnue à l’internationale.
Des données en cours d’analyse
Les campagnes menées entre 2024 et 2026 ont permis de collecter un volume conséquent de données : trajectoires de poissons, vidéos sous-marines et observations biologiques. L’ensemble de ces données est actuellement en cours d’analyse, et les premiers résultats sont attendus prochainement.
Capture d'un petit mérou de Nassau
OFB
Capture d'un petit mérou de Nassau
OFB
Pose de balises miniatures
OFB
Pose de balises miniatures
OFB
L'équipe Trace avec le Parc naturel marin
OFB
L'équipe Trace avec le Parc naturel marin
OFB
Le projet TRACE est cofinancé par le Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l'aquaculture (FEAMPA), dans le cadre du programme opérationnel 2021–2027, (OS 4.1) TA 1 : Opérations d’amélioration des connaissances concernant les écosystèmes marins. Il s'inscrit dans la priorité du FEAMPA visant à favoriser une pêche durable et la restauration des ressources biologiques aquatiques, en soutenant la production de connaissances scientifiques au service de la gestion des écosystèmes marins et des communautés de pêcheurs.